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Jeu de massacre…
Abnousse Shalmani   Les Exilés meurent aussi d'amour
Grasset 2018 /  22 € - 144.1 ffr. / 400 pages
ISBN : 978-2-246-86233-8
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm
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Abnousse Shalmani, née à Téhéran en 1977, est arrivée à Paris avec sa famille fuyant la révolution islamique en 1985. Son premier livre, Khomeiny, Sade et moi (Grasset, 2014), racontait son enfance dans un Iran dominé par les «corbeaux». Les Exilés meurent aussi d’amour est un roman écrit au vitriol, sur une famille iranienne nombreuse et dysfonctionnelle exilée à Paris, rue de la Roquette. Un jeu de massacre qui n’épargne ni les membres du clan familial, ni les idéaux dont il se réclame.

La jeune narratrice, Shirin, raconte, le plus souvent réfugiée sous le canapé familial et invisible au reste de la famille, les relations violentes de ses oncles, tantes, parents, etc. : «Je n’avais que huit ans, je portais le prénom d’une antique reine arménienne, dépressive (certainement vierge), et mon visage était un point d’interrogation». Une famille qui appartenait à l’élite sociale iranienne, communiste et révolutionnaire, qui dans son exil parisien tient à garder les apparences de son lustre ancien. Un frère, Beyrouyz, le plus souvent absent, mais surtout quatre soeurs : Mitra, l’aînée, redoutable tyran qui use et abuse de sa beauté et mène son mari «le chinois» à la baguette, comme d’ailleurs le reste de sa famille ; Tala, l’artiste si belle elle aussi, Zizi, l’illuminée qui peint ses visions et est amoureuse de sa sœur Tala ; Niloophar, la douce, la magicienne, et son mari Siamak, les parents de Shirin. Niloophar que sa famille réduit en esclavage avec son accord silencieux dû à une soif d’amour inassouvie et impossible à assouvir…

Quatre sœurs, héritières de lignées féminines, qui ne veulent en aucun cas se séparer et refusent de vivre leur vie pour ne pas affronter le monde seules, même entourées d’un compagnon aimant. Vieux, silencieux, terrible, le grand-père, opiomane et amateur de pornographie, qui a abusé de trois de ses filles. Et enfin les sauveurs : Omid et Hannah, deux voisins, juifs l’un et l’autre et à ce titre honnis de la tante Mitra, qui vont ouvrir à Shirin les portes d’un univers où l’espoir, l’amour et la bienveillance sont possibles. Siamak, le père silencieux et brimé, jamais remis d’un drame qu’on n’apprendra qu’à la fin, et qui tente de protéger sa fille.

Un esclavage volontaire de tous qui prend des formes diverses, sous la férule de l’intraitable Mitra. Un engagement résolu aussi dans la lutte révolutionnaire sous différentes formes qui évoluent au fil des années : communisme, lutte armée, engagement auprès des «démocrates musulmans» et soumission sans limites au mystérieux Amir, séducteur inquiétant, qui vient régulièrement exiger argent, preuves d’obéissance, etc. Esclavage qui connaîtra sa fin grâce au «tout petit frère», issu d’une grossesse de treize mois, inextricablement lié à sa mère, ange exterminateur qui fait régner un autre ordre, non moins impitoyable.

Imbriquée dans ce terrible roman familial, la tragédie de  l’exil : «Mais l’exilé n’a pas d’autre visage que celui de l’exil : il ne sera jamais son pays d’adoption, pas davantage que le pays natal. J’ai finie écrasée, comme tous les exilés entre un souvenir et un espoir». Shirin n’est jamais retournée en Iran, mais elle en a gardé la culture, certains chapitres commencent par des contes, chaque année la famille fête Norouz, le nouvel an iranien, et le pays est toujours présent. Un pays qui surnage dans les coutumes, les superstitions, la gastronomie, la poésie…

Au fil des pages, Shirin grandit, devient une adolescente, puis une jeune femme séduisante, non selon les codes orientaux de sa famille, mais selon les critères occidentaux, sorte de Jane Birkin, androgyne. Elle refuse d’accepter son janam («Le janam est la nature cachée et héritée»), refuse de se soumettre aux diktats familiaux : «Je ne voulais pas être réduite, je ne voulais pas de drapeau, pas de chemin unique et étroit. J’étais claustrophobe. Et puis je n’avais pas la gueule de l’emploi : ni celle de ma famille, ni celle de la France». Shirin, doublement exilée, de son pays et de sa famille, qui parvient à échapper aux lourds héritages des ancêtres dont la famille a transmis - ou non - la mémoire, lignée de femmes puissantes, le plus souvent malheureuses ; Shirin qui s’évade en s’affirmant et en écrivant. L’écriture, clé de la liberté…

Un roman bien écrit, haletant, qui par certains aspects évoque Zola (une saga familiale, le poids du déterminisme - le «janam»). Le roman d’apprentissage d’une jeune fille déterminée à briser les chaînes de la tradition, de la famille, de la condition féminine…


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 14/09/2018 )
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