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Dis-moi qui tu es
Jean-Joseph Julaud   Café grec
Le Cherche Midi 2003 /  15 € - 98.25 ffr. / 196 pages
ISBN : 2-74910-132-8
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Difficile de faire le lien entre les précédents ouvrages de l'auteur et ce Café grec au titre qui embaume. Dans la bibliographie de Jean-Joseph Julaud, on trouve en effet Le petit livre du français correct, Le petit livre de la conjugaison correcte ou encore un intrigant manuel de poésithérapie. D'où la question qui vient, aussitôt la première de couverture tournée : ce Café grec est-il l'exercice de style d'un professeur de lettres en mal d'imaginaire ? Ou un divertissement littéraire sans prétention ?

La vérité est plutôt dans la deuxième réponse. L'auteur minimise d'ailleurs lui-même la portée de son livre, en deux ou trois occasions où sa connivence appuyée avec le lecteur frise la maladresse et peut agacer. «Oh dites ! On a déjà beaucoup joué avec les mots ! Si on changeait de chapitre ?» (p.18), ou «Dommage ? Je ne te suis pas Serge, cent ou deux cent pages comme celles-là, ça peut être gonflant» (p.195). Des écarts de conduite bénins mais d'autant plus inutiles que justement, Café grec offre un agréable moment de lecture et qu'il se suffit très bien à soi-même.

Car il s'appuie sur trois grandes qualités. D’abord son point de départ : Jude Delator, détective privé d'un genre spécial, propose à Serge Tullier, ancien commerçant, émigré de fraîche date au soleil de Rhodes, d'aller enquêter sur sa vie dans sa ville d'avant. De fréquenter ses relations (amis, clients, fournisseurs), pour savoir ce qu'ils pensent ou pensaient vraiment de lui. Et de lui en faire le rapport circonstancié. Ensuite, le déroulement de l'histoire : sans vouloir la révéler ici, disons que l'intrigue ménage des surprises amusantes et quelques rebondissements inattendus. Alternant entre les rapports de Jude à Serge, les réactions de Serge aux dits rapports, et les apartés de sa femme, l’auteur nous conduit à un final, qui, sans atteindre au génie d'un Usual Suspects, est suffisamment déroutant pour retenir l'attention. La distanciation, enfin : Julaud s'amuse visiblement à écrire son histoire de recherche d'identité. Il brouille les pistes avec un plaisir perceptible et son style, mi-sérieux, mi-goguenard, est bien dans le ton. Du coup, le lecteur se laisse prendre de bonne grâce, comme à une danse de fête pas très comme il faut, mais qu'on ne saurait refuser parce que l'air est entraînant.

On pourrait, si l'on voulait, donner à Café grec plus de profondeur que son auteur n'en a mis. Ou cherché à en mettre. Ce serait non seulement risqué, mais probablement injuste. Pourtant, sans avoir l'air d'y toucher, Julaud nous parle d'identité, pose la question de l'image de soi : qui suis-je ? celui que je crois être ou celui que les autres voient en moi ? Relativise la vérité et la façon de la lire (les rapports de Jude et les contre-arguments de Serge). Imagine, enfin, une sorte de trahison de grande ampleur, un secret essentiel qui couvre toute la vie de Serge Tullier et de son couple.

Dans les premières pages du livre, Julaud livre lui-même les clés de son titre, en détaillant la métaphore du café grec. Un café épais sur lequel on verse l'eau chaude et que l'on savoure pour son amertume. Le café est «noir comme la vie», qui «dépose au fond de l'âme un marc amer qui remonte si on remue trop.» Dans un style abouti et joyeux, avec un vrai sens du suspense, Jean-Joseph Julaud nous a concocté, à défaut de chef-d'œuvre culinaire, un petit breuvage tout à fait buvable.


François Gandon
( Mis en ligne le 26/11/2003 )
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