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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Chroniques de la mondanité ordinaire
Frédéric Beigbeder   La Frivolité est une affaire sérieuse - 99 essais
Editions de l'Observatoire 2018 /  20 € - 131 ffr. / 381 pages
ISBN : 979-10-329-0498-5
FORMAT : 13,7 cm × 21,5 cm
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Frédéric Beigbeder (né en 1965) est cet écrivain énervant qui s’est créé une posture d’intellectuel mondain et superficiel depuis son best seller 99 francs. Descendant spirituel d'un Jean d’Ormesson, il représente surtout la logique et dramatique évolution d’une tradition littéraire française en sursis. Surdoué, diplômé, auteur à succès, éditeur puissant, réalisateur raté, il a mis son talent et sa culture au service de son époque, en s’y plongeant totalement au lieu de s’en méfier avec distance.

Rappelez-vous cette affiche provocatrice où il posait pour les Galeries Lafayette en lisant La Société de consommation de Jean Baudrillard, tout en soutenant par ailleurs la candidature du communiste Robert Hue (passé dans les rangs macronistes depuis !). Cette affiche résumerait à elle seule le recueil de chroniques que l’écrivain publie en réunissant différents papiers publiés ci et là depuis 2008 : provocation, détachement et passion littéraire. Tout comme d’Ormesson, il est un passeur de découvertes et en cela, son essai est réussi ; le chroniqueur intéresse un lecteur avide de sujets sur l'art en général. Il est dans ce registre peut-être meilleur que dans le genre romanesque (ce qui lui fait un autre point commun avec son aîné). Lecteur compulsif, il conseille des auteurs peu connus (Charles Fleming, Peter Biskind), donne envie de lire la littérature contemporaine (Bernard Franck, Jean d’Ormesson, Norman Mailer), écrit des chroniques sur le Paris mondain (la rencontre est le grand thème de la littérature), compose des portraits savoureux, se met en scène dans des historiettes humoristiques. L’homme égale le style : léger, journalistique, mais sans grande mesure avec la stature d'un grand écrivain. Pour utiliser un langage cinématographique, on pourrait affirmer qu’il est un bon faiseur, avec plus ou moins de réussite. On le préfère néanmoins dans ce registre que dans le roman réaliste, répétons-le.

La préface qui explique ce projet éditorial est de ce point de vue assez symptomatique de sa vision littéraire, et par conséquent de son trouble visuel... A lire les premières pages, on pense que l’écrivain a mûri, regrettant ses bizarreries passées, ses excès en tout genre, son parisianisme insupportable, sa superficialité légendaire. Les attentats de 2015 ont créé une fracture brutale et, comme il l’évoque, il y aura un avant et après : les auteurs n’écriront plus comme avant. Le recueil est d'ailleurs partagé ainsi, en trois parties: avant, pendant et après.

Du coup, on espère que Beigbeder a un peu compris le conflit de civilisation qu’un écrivain doit rendre compte avec sérieux. Il se met à regretter les temps anciens où l’authenticité n’était pas tout à fait massacrée (il critique ainsi les réseaux sociaux, la télé-réalité, le tout virtuel, au profit du retour au concret, à la feuille de papier, à cette nature chère à Sylvain Tesson.) Mais à la lecture de ses analyses politiques, il est clair qu’il n’a pas compris grand-chose, tout en accord avec la doxa ambiante. Il reste et demeure un fervent militant de l’esprit «Charlie» relayé par les médias de masse, le système et la pensée unique. Rien de neuf sous les cocotiers ! Là où il aurait dû rester superficiel et éviter les sujets graves, il le fait de la même façon que ses amis journalistes, voire propagandistes, avec les larmes, les cotillons, la fête, la tolérance, les slogans publicitaires, l’antiracisme et le fameux «pas d’amalgame» pour finir par Paris est une fête, histoire de trahir une énième fois Ernest Hemingway. Comme penseur d’un monde en guerre, il faudra repasser.

Mais ne boudons pas un réel plaisir de lecture. Beigbeder n’est jamais aussi bon que dans l'autodérision, notamment lorsqu’il croit lui-même être victime d’un nouvel attentat ; courageusement, il raconte comment il a été plutôt lâche en cette circonstance ! Ainsi que dans son plaisir de mettre en lumière des romans et des écrivain que lui seul découvre pour nous. Depuis, il a quitté Paris pour s’établir au Pays Basque avec femme et enfant, loin des turpitudes parisiennes…

Beigbeder n’a donc pas changé contrairement à ce qu’il veut faire croire dans l’introduction de son anthologie d’articles de magazines (d’Ormesson, lui, publiait dans des journaux). Le chroniqueur remplit malgré tout son rôle de parasite mondain (couvrant avec dérision et hypocrisie les lieux arrogants de l’édition, de la mode et du cinéma) et de défenseur de la littérature contemporaine ; ici, l’amateur pourra puiser bon nombres de conseils de lecture non négligeables. Au-delà des prix littéraires, du succès et de sa puissance médiatique, il faut lire Beigbeder pour son aspect comique, qu'il soit voulu… ou pas.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 28/01/2019 )
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