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Bruno - Un autoportrait
Bruno Le Maire   Paul - Une amitié
Gallimard - Blanche 2019 /  15 € - 98.25 ffr. / 151 pages
ISBN : 978-2-07-283695-4
FORMAT : 14,0 cm × 20,4 cm
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Normalien, agrégé de lettres modernes (premier de sa promotion), étudiant à l'IEP de Paris, énarque, diplomate, député, secrétaire d'Etat, puis ministre sous Sarkozy et Macron, Bruno Le Maire (né en 1969) est un classique représentant de l'élite politique française, un homme qui se voyait déjà président. De centre droit, il a dû mal à s'affranchir de son origine bourgeoise et de ses brillants bulletins scolaires. Il n'empêche que la littérature et la musique classique le passionnent ; ce qui lui donne un côté humain au final ! Auteur de quelques livres, il s'adonne à l'écriture quand son emploi du temps le lui permet. Il dit avoir écrit celui-ci durant les trois semaines de vacances estivales que les ministres s'octroient chaque année.

L'histoire est tragique. Son ami Paul, la soixantaine, est atteint d'une tumeur au cerveau et Bruno va lui rendre quelques visites à l'hôpital. Plus le temps passe et plus la tumeur, insoignable, grossit, rendant l'ami fragile, puis quasi-paralysé. Il meurt avant l'été 2018. Bruno lui devait un hommage, un récit de vie et de mort.

Nous sommes très partagés à la lecture de cette tranche de vie. Bruno, qui prend du temps pour aller voir son ami mourant, confie qu'il ne peut retenir ses larmes – car un ministre sait aussi pleurer... Les deux hommes échangent des mots importants, ceux qu'il faut peut-être se dire avant que le malade parte dignement. La délicatesse des rapports entre les deux amis est rendue par le soin porté au style, très travaillé, jamais spontané, mais très accessible à la lecture. En même temps, le lecteur s'irrite car l'auteur entremêle ses visites du récit de son activité de ministre, en pleine vie, dans des avions, à des congrès, à des ambassades, lors de réunions, pour des rencontres au sommet, au G20. Buenos Aire, Brazzaville, New York, Paris, Sofia, Le Maire ne s'arrête jamais. Et lorsqu'il n'est pas en poste, il est en voiture avec ses enfants, au ski, ou au Jardin des Plantes. Un ministre travaille-t-il dans un bureau ?...

Ces considérations d'un homme de droite sur l'Europe, le nationalisme, le libre échange pèsent quelque peu sur la situation clinique, les réminiscences de la maladie qui supprime un être vivant. Pourquoi s'épancher sur des problèmes purement politiques quand un ami meurt ? Certes la vie est ce mélange brutal d'absolu et de trivialités, mais le récit d'un deuil est-il l'endroit pour polémiquer sur des sujets géopolitiques ?

Certes, Le Maire a voulu écrire un récit sur les contrastes qui lient malgré tout les deux hommes. L'un est immobilisé et se bat contre la maladie, l'autre est en perpétuel mouvement et se bat pour que son pays sorte de l'austérité. L'un préfère la campagne quand l'autre aime la ville. Bruno est un amateur de Formule 1 et de Glenn Gould, et Paul ne comprend pas ses engouements. Paul veut enrailler les 35 heures quand Bruno semble les accepter. De droite tous les deux, les amis, que tout semble donc opposer, se sont soutenus lors de passages difficiles, politiques pour l'un, médicaux pour l'autre. Puis un jour, Bruno reçoit un SMS qui lui apprend la mort de Paul. Il y a 20 ans, recevoir ce type de nouvelle par SMS aurait fait hurler. Aujourd'hui, c'est le moyen usuel d'apprendre la disparition d'un proche...

Bruno Le Maire, qui a trahi sa famille politique en devenant le ministre de son concurrent à la présidence de la République, manque de peu la trahison de Paul en racontant son emploi du temps de politique affairé plutôt que de revenir longuement sur le destin de son ami agonisant. Que sait-on de lui à part qu'il fut entrepreneur, qu'il avait la soixantaine et qu'ils se sont rencontrés lors d'une université d’été ? Pas grand-chose. Et les descriptions bucoliques qui parsèment des événements plus factuels n'enlèvent rien à ce curieux état d'esprit. Pas plus que les digressions qui concernent Drieu La Rochelle (le ministre lit entre deux dossiers une biographie de l'écrivain dans l'avion qui le conduit à Brazzaville), pas toujours subtiles, et sa vision d'une civilisation européenne qui se distinguerait des USA par... ses terrasses de café ! Les attentats ne font pas que tuer des innocents, ils provoquent de bien puériles réactions…

Restent les passages où les deux hommes sont ensemble. Y compris dans la mort, quand Bruno se recueille devant la dépouille de Paul qui n'est déjà plus l'ami qu'il a connu, apprécié, aimé, mais un corps étendu qui souligne la fragilité d’être.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 20/02/2019 )
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