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Le ''modèle judéo-viennois''
Jacques Le Rider   Les Juifs viennois à la Belle Époque
Albin Michel - Présences du judaïsme 2013 /  24 € - 157.2 ffr. / 354 pages
ISBN : 978-2-226-24209-9
FORMAT : 14,5 cm × 22,6 cm
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travers ce titre qui à première vue pourrait évoquer le temps insouciant d'une valse, Jacques Le Rider revient sur un des thèmes qui lui est cher : l'histoire sociale et culturelle de Vienne, première capitale de la modernité économique et culturelle dans l'immense empire cosmopolite austro-hongrois de 1867 à 1918, où l'élite intellectuelle juive, germanophone et parfaitement assimilée en dépit d'origines diverses, a eu une influence déterminante sur la vie de la pensée. Applaudies ou décriées, les irréversibles découvertes freudiennes ont changé le regard sur le monde psychique ; aujourd'hui, on réédite Stefan Zweig, Arthur Schnitzler et Joseph Roth ; les oeuvres, entre autres, de Gustave Mahler et d'Arnold Schönberg restent à l'avant-garde du monde musical. L'ouvrage se place au coeur d'une des périodes les plus fécondes de l'histoire des idées, des sciences et des arts dans l'ancienne Europe.

Bien malin sous le gouvernement de François-Joseph celui qui sans registre d'état-civil sous les yeux, aurait pu différencier un Viennois juif d'un Juif viennois ou encore d'un Gentil viennois. La plupart des Juifs assimilés se contentaient tout au plus d'observer les trois principales fêtes annuelles, la circoncision et la bar-mitzvah, et confiaient leurs enfants aux écoles d'État. C'était au temps où, dans Vienne multiconfessionnelle et libérale, les Juifs comme les non juifs brillaient dans les domaines médical, juridique, littéraire, artistique et politique. Tous vivaient en parfaite égalité des droits. Non sans quelque antisémite jalousie. C'était avant la crise économique consécutive au krach financier de 1873, avant un premier afflux dans les années 1880-90 des Juifs de Galicie, Bucovine, Russie... ayant fui les pogroms. Pauvres, traditionalistes affichés et yiddishophones, ceux-là ont recueilli l'hostilité de la société habsbourgeoise, juive et non juive, hostilité soutenue par les mouvements antilibéraux dès lors majoritaires. La seconde vague de Juifs de l'Est après 1914 ne fera que renforcer l'intolérance dans un contexte démographique et politique bouleversé.

Rares sont les travaux aussi bien renseignés qui prennent en compte une aussi vaste étendue de variables géopolitiques et culturelles, notamment les juridictions locales et les mécanismes électoraux en vigueur. Ainsi, Jacques Le Rider analyse la spécificité du «modèle judéo-viennois» marqué par sa pluralité et son assimilation à la culture allemande au sein d'un faisceau complexe de mentalités et de courants politiques et/ou corporatistes divers, labiles voire confus ou contradictoires. D'un côté, s'il est permis de schématiser ainsi, pointent de nouvelles formes d'antisémitisme de salon, dit «nouveau code culturel», banalisées et à terme efficaces, d'un autre s'élèvent des tentatives de lutte contre ces rémanences à travers des mouvements pionniers, sionistes et socialistes ; tandis que sur la ville, l'ombre grandissante de Karl Lueger, futur modèle politique d'Adolphe Hitler, annonce le retour de l'obscurantisme religieux, scientifique et économique. De façon subtile et argumentée, l'ouvrage met l'accent sur ces points ténus ou plus massifs de basculement dans l'antisémitisme radical, en pleine affaire Dreyfus, avant ou pendant la Grande Guerre puis à l'approche de l'Anschluss.

Autre point fort de sa démarche : plutôt que de prétendre à une illusoire exhaustivité, l'auteur des Juifs viennois à la Belle Époque choisit de cibler son propos à travers les écrits et la biographie de quelques «grandes figures» représentatives de la modernité politique, religieuse et littéraire, sous la forme de dossiers concis, chacun assorti d'une bibliographie précisément référencée et indexée. Les uns concernent les germes viennois de courants politiques encore actuels, telles ceux de Theodor Herzl, Joseph Samuel Bloch, Nathan Birnbaum... Les autres dossiers sont centrés sur le positionnement quant à leur judaïté, de penseurs juifs déjudaïsés : journalistes, écrivains et artistes, célèbres - à l'instar de Sigmund Freud, Arthur Schnitzler, du pan européen Stefan Zweig ou du très provocateur Karl Kraus - ou de figures moins réputées, tels les fondateurs de la «Jeune Vienne littéraire». Religion, race ou nationalité ? Que signifie être juif pour des non observants, ou ne plus l'être pour des juifs convertis au christianisme, catholiques comme Gustav Mahler ou protestants à l'exemple d'Arnold Schönberg? Les uns et les autres ont connu le doute, l'opprobre, la stigmatisation et l'exil d'une ville désormais vidée de ses Juifs (Judenrein).

Une fois de plus, Jacques Le Rider, dont la notoriété universitaire internationale n'est plus à démontrer, fournit un ouvrage de référence passionnant et d'une grande rigueur, agrémenté d'anecdotes et de mots d'esprit toujours bienvenus pour rendre la lecture divertissante. Directeur d'études à l'EPHE, Section des sciences historiques et philologiques, ses publications en français et en allemand concernant l'époque moderne et contemporaine de l'Europe et du monde germanique se comptent par centaines. «L'histoire comparée de l'antisémitisme dans les métropoles européennes autour de 1900 reste à écrire», dit-il (p.295). Puisse ce manque devenir projet.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 05/03/2013 )
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