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1001 nuits…
Salman Rushdie   Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits
Actes Sud 2016 /  23 € - 150.65 ffr. / 312 pages
ISBN : 978-2-330-06660-4
FORMAT : 14,5 cm × 24,0 cm

Gérard Meudal (Traducteur)
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Il existe un monde proche du nôtre, et en même temps peu accessible : le Peristan, un monde fou, vertigineux, rapide, déroutant. Ce monde est peuplé de créatures magiques, jinns, jinnias et ifrits… des esprits faits de feu et de fumée, dotés d’immenses pouvoirs, et qui s’ennuient terriblement. Alors, quand ces esprits parviennent à passer dans notre monde, lorsque les frontières sont abolies, ils se laissent aller, s’amusent.

C’est ainsi qu’une jinnia, appelons-la Dunia, tombe amoureuse d’un médecin philosophe, Ibn Rushd, plus connu sous le nom d’Avérroès, et lui donne durant deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, une descendance. Une descendance immense qui croît et prospère. Puis les portes du Peristan se referment… pour se rouvrir quelques siècles plus tard. Entretemps, les enfants, mi-hommes, mi-jinns, ont oublié d’où ils venaient et se sont répandus à travers le monde. Et Dunia, toujours aussi amoureuse d’Ibn Rushd – bien mort désormais –, part en quête de son amour défunt et de sa descendance incongrue et amnésique. Mais la porte, qui s’est ouverte pour elle l’est aussi pour les autres jinns, impatients de s’amuser avec cette humanité… ou plutôt à ses dépens. Car c’est le temps de régler un duel philosophique vieux de plusieurs siècles, entre la science et la foi, entre les lumières et le fanatisme, avec, comme terrain d’affrontement, l’humanité et le monde. Se pourrait-il qu’un humble jardinier devienne l’incarnation d’une humanité qui doit apprendre à se libérer de ses démons ?

C’est une fable, une métaphore, un conte (ou plutôt une variation sur les 1001 nuits, à partir de plusieurs contes contemporains) : Salman Rushdie nous entraîne déjà dans un récit à la lisière du fantastique et du réalisme, dans une histoire qui mêle magie, philosophie, sentiments… le tout servi par une plume primesautière (et une traduction pleine de charme et de légèreté). Un livre qui, de New York au Peristan, explore l’art des jardins et les mystères du cœur, les bizarreries du hasard et les complexités du destin. Et rien qu’avec cela, ce fantastique léger et prenant, le livre est un bonheur de récit et d’intrigue, qui nous renvoie à une belle tradition des contes arabes.

Mais il n’y a pas que cela : car Rushdie, aussi habile qu’un jinn, parle par énigme et métaphore… L’invasion de jinns obsédés par le sexe et frustrés, leur colère et leur haine, tout cela n’est que la traduction littéraire du terrorisme… Des êtres irresponsables qui s’abattent sur le monde pour le persécuter dans le but d’obéir à un commandement religieux hors d’âge : le roman se fait parabole, fable sur le conflit entre religion et science, réflexion sur la violence radicale, ses origines et ses impasses. Et si les tours que jouent les jinns ne sont que de mauvaises blagues – bien loin d’un attentat – leurs conséquences sont dramatiques, plongeant le monde dans une guerre inattendue avec un adversaire insaisissable. New York bascule dans l’anarchie, l’homme redevient un loup pour l’homme et la magie des jinns parvient presque à diviser l’humanité… Face aux ifrits, seul l’amour, le souci de l’autre et le sentiment d’une collectivité qui dépasse les simples proches, peuvent permettre une issue.

Entre réalisme magique et parabole subtile, ce roman témoigne de l’immense talent de Salman Rushdie, de son art du conte et de sa manière si personnelle d’envisager une humanité parfois incompréhensible. Il y a là du souffle, de la fantaisie et, au-delà, un bel essai sur le sacré, la violence, la compassion, pour une humanité qui cherche encore à sortir de l’enfance.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 24/03/2017 )
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