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''L'Espagne a été oubliée de tous, volontairement oubliée ''
Carine Fernandez   Mille ans après la guerre
Les Escales 2017 /  17,90 € - 117.25 ffr. / 228 pages
ISBN : 978-2-36569-267-0
FORMAT : 14,1 cm × 22,5 cm
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Carine Fernandez nous conte dans son nouveau roman une histoire dans l'Histoire. Miguel, vieil homme rustre au sourire figé, coule des jours tranquilles et solitaires en compagnie de son chien, Ramon, gentil bâtard au sourire figé lui aussi. Il a tout perdu, son frère jumeau et nombre de ses amis, il y a longtemps, dans ces années obscures de la guerre civile et plus tard dans l'Espagne franquiste ; son fils suicidé et sa femme...

Une lettre vient troubler son morne mais libre quotidien dans ce petit village près de Tolède. Sa sœur, Nuria, vient de perdre son mari, "défuncté", comme elle l'écrit, depuis peu ; elle a "pris la  décision de finir sa vie avec son frère". Pris de panique, Miguel décide de partir avec Ramon à Montepalomas, son village natal qu'il sait noyé par les eaux depuis la construction d'un barrage, village dont les habitants ont été relogés tout près.

Le paysage qui défile par les vitres de l'autocar fait remonter à la surface les années malheurs, soixante ans plut tôt lorsque, ce jour de septembre 38, la patrouille entra dans le village. "Médianoche" (''Minuit''), surnom de Miguel, "n'était pas rentré à temps par pure chance. Ce sont les choses du sort qui prétend vous sauver et vous crucifie à vie".

''Mediodia'' (''Midi''), son frère jumeau, est fusillé avec une grande partie du village par cette milice barbare et sûre de son droit. Amputé à jamais de sa présence, Médianoche entre dans un semi mutisme, reflet de sa condition, de sa révolte, et de l'impitoyable répression dont il sera victime lui et quelques centaines de milliers d'Espagnols. Il fera, selon l'expression de l'auteur, du "tourisme carcéral" : Tolède, Grenade, Valence, Salamanque, sympathiques lieux de torture et d'extermination des rouges, des libertaires, des anarchistes, des bouffeurs de curé... bref, des républicains.

Le style est très descriptif, on est immergé dans les paysages ; très ferme aussi : sous la forme bouillonnent la volonté de relater l'atrocité et la rage de  la survie, sans concession et sans détours, avec un atavisme naturel pour forcer la compréhension de ce terrible épisode espagnol. "Penses que Paris a été libéré par les Espagnols... Par la nueve, formée de républicains espagnols, presque tous des anarchistes " (…) "une fois le nazisme renversé, on se débarrasserait du franquisme dans la foulée. Après Paris et Berlin, il y aurait Madrid. Tu parles ! L'Espagne a été oubliée de tous, volontairement oubliée".

Sans détours, avec l'adresse et l'assurance remplie d'empathie pour ces gens humbles mais déterminés, l'auteur nous plonge dans les méandres de l'histoire, non pas celle que l'on connaît officiellement, mais celle qu'elle nous pousse à approfondir, à revisiter parce que l'esprit se retrouve prisonnier dans la réflexion primaire sur le sujet et que la question reste sans réponse valable pour qui ne l'a pas vécue, un cri dans la nuit ou plutôt une nébuleuse dans un humanité plus apte au pire qu'au meilleur.

Tout cela, Carine Fernandez le fait très bien, mettre le doigt où cela devrait faire mal, mal aux Européens, ce pacte de non assistance à un pays voisin où la chape de plomb a duré jusqu'à la mort du tyran en 1975 (un journal satyrique français titrait un an plus tard "en Espagne tout va bien Franco est toujours mort").

Tous en sont sortis le corps et l'âme fracassés, des fractures du sourire, au mal au ventre de vivre, du trou laissé par les torturés aux amitiés indéfectibles en un maelström de sang, de lutte, d'indifférence des autres nations et de l'interminable règne dictatorial de Franco. Le sourire figé de Médianoche est dû à une fracture de la mâchoire mal consolidée, comme celui de Gwynlaine, l'homme qui rit de Victor Hugo, stigmate a jamais gravé sur le visage d'un homme de l'inhumanité de l'humanité.


Raymonde Roman
( Mis en ligne le 11/10/2017 )
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