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Eros et Thanatos
Jean-Michel Rabeux   Les Nudités des filles
Rouergue - La Brune 2008 /  13,50 € - 88.43 ffr. / 141 pages
ISBN : 978-2-84156-948-9
FORMAT : 14cm x 20,5cm

Date de parution : 10/09/2008.
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Metteur en scène et auteur dramatique, Jean-Michel Rabeux explore depuis plus de trente ans un théâtre hors normes, où les corps des acteurs, exposés au public dans leur nudité parfois la plus crue, sont une pâte sur laquelle il travaille, comme un sculpteur sur une glaise. Faisant fi des critiques souvent violentes de son travail, taxé de provocateur ou d\'exhibitionniste, il n\'a cessé de chercher à montrer comment le corps parle, trahit nos désirs, crie nos souffrances, dénonce nos peurs et nos angoisses, et en particulier celle, toujours présente, de la mort.

C\'est encore pénétré des mêmes obsessions qu\'il publie aujourd\'hui un texte qui s\'aventure hors du territoire du théâtre - encore qu\'on pourrait parfaitement l\'imaginer joué -, sorte de longue plainte poétique où le narrateur exprime, tantôt dans la rage, tantôt dans la douleur, la terreur que lui inspire la mort, forcément inéluctable, de Camille, la femme qu\'il aime et qui partage sa vie chez lui comme à la scène, depuis trente ans.

Jean-Michel Rabeux ne nous invite pas à une lecture facile car comme au théâtre, il n\'a que faire des sentiers balisés : il n\'est pas là pour appâter le chaland et ne concède rien au lecteur pressé. Et peu semble lui importer qu\'on le suive jusqu\'au bout ; au contraire, et tant pis si c\'est d\'une prétention sans bornes, c\'est au lecteur de mériter sa prose. En effet, c\'est d\'abord la forme qui peut rebuter, et ne serait-ce qu\'à cause d\'elle, sans doute nombre de lecteurs ne dépasseront-ils pas la troisième page. Car comme s\'il lui fallait faire vite avant que la mort n\'advienne, comme s\'il devait, tel un sorcier récitant sa panoplie complète de formules magiques pour conjurer le mauvais sort, se libérer des mots qui traduisent son angoisse, le texte se compose d\'une unique et longue phrase, succession de propositions conditionnelles commençant par «Si», qu\'aucun point ne vient jamais achever...

Et s\'il parvient à s\'accommoder de la forme, le lecteur est encore soumis à rude épreuve dans les descriptions, parfois scabreuses, des fantasmes sexuels ou morbides de l\'auteur mariant une nouvelle fois Eros et Thanatos : comme pour conjurer son angoisse de la perte de Camille, il traque la mort partout où il la démasque, menaçante dans les stigmates de la vieillesse, monstrueuse dans les corps en décomposition, déjà en devenir dans les «corps blancs des jeunes filles» avec lesquelles il s\'accouple. Ces corps, que depuis des siècles la plupart des religions, du moins les monothéismes, se sont appliquées à rendre interdits, tabous, sales ou honteux, Rabeux les dénude, les palpe, les hume, les pénètre, car c\'est bien dans les corps qui souffrent, qui frémissent ou qui jouissent que se situe la vie et que l\'on peut encore faire barrage à la mort : «si nous nous donnâmes beaucoup de plaisir les uns aux autres pour que j\'évite la pensée de ta mort, Camille, pour qu\'elles évitent la pensée de leur mort», écrit-il (p.83), et, plus loin, «si je prends des corps contre la mort, (...), des corps qui vivent, puisque je peux les tuer, ils vivent, puisque je peux te tuer, tu vis» (p.84).
 
Le lecteur doit faire l\'effort de rentrer dans un texte qui ne s\'habille d\'aucun des artifices de la pudeur, qui se livre brut, nu comme les corps que Rabeux offre dans leur triviale totalité, bave, sperme, merde et sang pris autant comme des signes de la mort qui rode, que comme des preuves intangibles de la vie qui perdure. Aux antipodes de l\'écriture automatique, le texte est extrêmement travaillé, de sorte qu\'au cours de la lecture, on finit par être entraîné par sa musique, qui nous chante une déclaration d\'amour certes violente, mais magnifique.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 24/09/2008 )
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