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''Nous autres civilisation…''
Lionel Shriver   Les Mandible - Une famille. 2029-2047
Belfond 2017 /  22,50 € - 147.38 ffr. / 528 pages
ISBN : 978-2-7144-7423-0
FORMAT : 14,1 cm × 22,5 cm

Laurence Richard (Traducteur)
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L’Amérique en 2029 : pas celle de Trump, celle d’après, celle où l’on regrette le bon temps, quand un milliardaire populiste gérait l’Amérique comme un casino… Parce que depuis, la situation s’est un peu dégradée, les inégalités ont explosé, la question des minorités est révolutionnée jusqu’à la Maison blanche, l’internet a disparu (et est revenu, non sans difficultés), l’eau est devenue rare, de même que la viande, les fruits, les légumes, le travail, la santé, l’avenir…

Dire que ça va mal est une vision déjà optimiste de la crise vécue par l’ex première puissance mondiale. Mais ça pourrait être pire… et cela va le devenir pour la famille Mandible, Florence, son fils Willing et Esteban, son ami : des travailleurs sociaux qui vivent dans l’inconfort en attendant des jours meilleurs. Dans la famille, il y a aussi Avery, la psychologue, son économiste de mari, Lowell, leurs enfants globalement surdoués, et un frère survivaliste. Tous attendent le magot du grand-père, Douglas, richissime et avare, manipulateur et égoïste… à commencer par son fils, Carter, ex journaliste déprimé.

Mais voilà, le crédit américain est finalement épuisé, le dollar a perdu son aura, jusqu’à sa consistance, et une nouvelle monnaie de compte, le Bancor, a été mise en place. L’Amérique est en faillite, tout bêtement et tragiquement : le président décide donc de saisir tous les avoirs de tous les américains, première étape d’une descente aux enfers collective. Et dans ce carnage, la fortune des Mandible, le magot auquel tout le monde s’accrochait, s’évanouit d’un coup. Il va falloir apprendre à vivre avec rien…

Lionel Shriver récemment remarquée pour Big Brother, nous entraîne, dans ce roman très réussi, dans une Amérique apocalyptique, issue des pires cauchemars de Naomi Klein : la société de consommation est à bout de souffle, de même que la planète du reste, l’humanité survit, et l’Amérique, qui se pensait insubmersible grâce au dollar, s’enferme dans une spirale (à la grecque ?) sans fin. A travers les Mandible, qui sont, dans leur diversité, une incarnation du pays, l’auteur explore la chute d’une société voire d’une civilisation épuisée et épuisante. Partant du point de vue américain – une Amérique atteinte d’une léger complexe obsidional, qui voit dans sa débâcle l’effet d’un complot universel –, l’auteur parcourt les existences au rythme des désillusions : non, il n’y aura pas d’héritage ; non, il n’y a plus de travail pour les économistes chics ou les psychologues new age ; non, il n’y a plus d’assurance pour les personnes âgées ; non, il n’y aura pas d’école privée mais un lycée d’Etat, etc.

L’Amérique glisse dans la crise. Les regards sont divers : de l’économiste dépassé à la travailleuse sociale à bout de souffle, en passant par les gamins surdoués ou les nostalgiques d’avant. Le style est efficace, promenant le lecteur d’un personnage à l’autre au gré de chapitres en forme d’étapes. Certes, le roman comporte de (trop) longs développements économiques (il faut au passage souligner le travail de la traductrice, qui a su rendre lisible ce cours d’économie) mais c’est afin d’expliquer la nature de la crise autant que de montrer le désarroi d’une certaine pensée néo-libérale. Par contre, il brille par la multiplicité des points de vue envisagés qui, sans développements excessifs, nous permettent d’appréhender la réalité de la crise.

Un roman dystopique, qui joue sur tous les registres de l’anticipation, autant que sur un courant de pensée émergeant, hostile au consumérisme et au néo-libéralisme, inquiet pour l’écologie et le social. Un roman très réussi, plaisant et grave, pour dénoncer les risques croissants d’une société qui ne parvient pas à se réformer.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 19/05/2017 )
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