L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Mardi 22 mai 2018
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2017
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Littérature Américaine  
 

Variations
Paul Auster   4 3 2 1
Actes Sud - Lettres anglo-américaines 2018 /  28 € - 183.4 ffr. / 1024 pages
ISBN : 978-2-330-09051-7
FORMAT : 14,5 cm × 24,0 cm

Gérard Meudal (Traducteur)
Imprimer

. «Le monde est foisonnant : tout peut arriver», cette phrase de John Cage, que le héros du livre reçoit un jour comme une révélation, pourrait résumer le propos de Paul Auster dans 4321. Tout peut arriver... Paul Auster se livre à un exercice de virtuosité entraînant son lecteur consentant et ravi dans la lecture au long cours de plus de mille pages pour se livrer au jeu du «et si…» : et si tel personnage n’avait pas à cet instant fait tel choix, et si les parents avaient coulé une vie de couple heureux, et si la mort n’avait pas frappé, et si…

4321, un «pavé» mais aussi quatre romans en un volume, quatre romans à lire dans l’ordre donné par l’auteur qui numérote les chapitres (1.1 ; 1.2, 1.3, 1.4...). Ceci étant, rien n’empêche de lire séparément les quatre destins possibles du jeune Archibald Isaac Ferguson, jeune juif new-yorkais. Archie, né le 3 mars 1947 (Paul Auster est né le 3 février 1947), au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; Archie dont nous suivons l’enfance, l’adolescence et l’entrée à l’âge adulte dans l’Amérique des années 60 et 70, celle du «rêve américain», des années dorées de la prospérité, puis l’Amérique de la contestation, de la question noire, des émeutes de Newark, de la guerre du Vietnam.

Paul Auster place ce grand roman américain sous l’ombre symbolique des Rockfeller, image de l’Amérique s’il en fut ! Le grand-père d’Archie, qui débarque à Ellis Island, venu d’un ghetto d’Europe de l’ouest, se voit conseiller par un autre passager de prendre le nom emblématique de Rockfeller, car «Tout ira bien avec un nom pareil». Toutefois au moment de le prononcer devant l’officier d’état civil, Isaac Reznikoff déclare, désemparé : «Ikh hob fargessen ! (J’ai oublié !)», ce qui lui vaut d’entrer dans la terre promise sous le patronyme d’Ichabod Ferguson, résultat de ce qu’a compris l’agent de l’immigration. À la toute dernière page, une apparition fugitive de Nelson Rockfeller, 41ème vice-président des États Unis, 19 décembre 1974 : «Il était marié à une femme qui s’appelle Happy», dernière phrase du livre… Tout un programme !

Entre les deux : la vie ou plutôt les quatre vies d’Archie, né dans une famille juive new-yorkaise, fils de Rose et de Stanley. Il est fils unique. Sur ce schéma, Paul Auster déroule plusieurs lectures possibles d’une famille américaine dans ces années : un couple qui peut vivre une entente durable, ou un veuvage, ou une séparation… Un jeune garçon new-yorkais aux nombreuses passions : le base-ball, le basket, le cinéma, les filles (et aussi quelques escapades masculines), le lycée puis le collège et l’université - ou non… Des figures paternelles, plus ou moins chaleureuses, et deux points constants, la rayonnante mère, et Amy, l’aimée, quelle que soit sa position selon le récit d’Archie : 4, 3, 2 ou 1. Et puis la littérature, Dostoïevski, Thoreau, les romanciers français, la certitude de vouloir devenir écrivain, ce qui vaut au lecteur des nouvelles et des romans dans le roman, mises en abîme savoureuses. En revanche peu de musique…

Paul Auster a manifestement mis beaucoup de lui dans ces quatre vies, sans aucun doute des souvenirs de jeunesse, son amour pour New York, y compris (et surtout ?) dans les marges de la ville (qui dans les années 60/70 est une ville sale, au bord de la faillite, violente), son amour du cinéma, et en particulier du cinéma français (Godard, Truffaut…), sa francophilie, la mort d’un ami de jeunesse, le milieu familial juif new-yorkais.

Autour d’Archie, toute une petite société de personnages attachants ou exaspérants : le père enrichi et avare dans l’une des versions, les grands-parents, Rose, la mère photographe de talent ou desesperate housewife selon les cas, les frères Schneiderman, artistes et intellectuels. L’importance de la famille : Arnold et Lew, les frères indignes de Stanley, Mildred la sœur insupportable de Rose (plus ou moins insupportable selon les versions, mais toujours intellectuelle), Jim et Amy, frères et sœurs dans des familles recomposées, Noah «cousin» par alliance et frère de cœur… Archie n’avance jamais tout à fait seul dans sa vie.

Un roman qui en contient plusieurs et dans lequel le lecteur s’immerge autant par goût de l’histoire et envie de découvrir ce qui va arriver au héros, que pour simplement retrouver cette Amérique qui incarnait au cours des Trente Glorieuses une des figures de la terre promise, le «rêve américain». Paul Auster n’avait pas publié de roman depuis Sunset Park (2010, paru chez Actes Sud en 2011) ; le plaisir est grand de le retrouver dans cet exercice virtuose de variations littéraires qui joue avec l’un de ses thèmes de prédilection, la part du hasard.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 12/03/2018 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd