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Littérature  ->  Rentrée littéraire 2016  
 

Helen
Helen MacDonald   M pour Mabel
Fleuve noir 2016 /  19,90 € - 130.35 ffr. / 394 pages
ISBN : 978-2-265-11565-1
FORMAT : 14,1 cm × 21,2 cm

Marie-Anne de Béru (Traducteur)
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Helen McDonald nous livre un récit très particulier, aux forts échos autobiographiques et qui prend sa source dans un deuil. Cette narration semble un écheveau de fils multicolores noués l’un à l’autre et qui, une fois déroulé, nous tisse un paysage sensible et lumineux du monde. «Il est un temps dans la vie où vous vous attendez à ce que le monde soit toujours rempli de nouveautés. Puis vient le jour où vous comprenez qu’il n’en va pas du tout ainsi. Vous voyez que la vie va devenir une chose faite de trous. D’absences. De pertes. Des choses qui ont été là, mais qui ne le sont plus. Et vous réalisez également que vous devez vous développer autour de ces manques, entre ces creux, même si vous pouvez tendre la main à l’endroit où ces choses ont existé et sentir le terne éclat et la tension des lieux où les souvenirs se logent».

La narratrice, qui ne se dévoilera comme «Helen» qu’au tiers du récit, au moment même où elle nomme son Autour «Mabel» (nommer c’est exister ou créer), est fascinée depuis l’enfance par les oiseaux de proie, les faucons en particulier. A la perte brutale de son père, Helen, inconsolable, colérique, mutique, ne parvient pas à faire son deuil. Son repli du monde et son chagrin la conduiront à acheter le plus sauvage des faucons, l’Autour, pour l’apprivoiser comme on apprivoiserait son chagrin. Comme si l'on pouvait apprivoiser le chagrin.

Commence alors un étonnant roman d’apprentissage : celui de l’Autour, «animal féérique et féral», celui d’Helen prise entre solitude et folie dont «l’esprit luttait pour combler l’abîme et construire un monde neuf et à nouveau habitable» et qui veut réapprendre à vivre, mais aussi celui du lecteur que ce récit plonge dans une relation à une nature dont la beauté se fragilise irrémédiablement. Car l’auteure sait nous rendre poreux aux sensations du monde par ses descriptions minutieuses et délicates de lieux particuliers, de phénomènes naturels, d’une faune qu’on néglige de sauver. La nature est en sursis, les espèces menacées d’extinction par le changement climatique, les pesticides, la pollution humaine. Les villes se confondent avec des campagnes crépusculaires et apocalyptiques : Londres «est une garenne de verre sombre et sans fond, envahie d’immondices, dont les chemins creux grouillent de banquiers et de traders».

C’est au travers du dressage de ce magnifique Autour qu’Helen nous pousse à réfléchir sur le regard que nous posons sur le monde et la nature sauvage et sur les projections que nous, humains, faisons. S’appuyant sur ses lectures favorites, les anciens traités de fauconnerie (qui, forte de ses anciennes traditions, perdure encore au Royaume Uni), l’auteure instaure un dialogue avec l’un de ses prédécesseurs : T.H. White. Plus connu pour ses romans de chevalerie, White a aussi publié le récit du dressage d’un Autour, Gos, mais il en fait «un combat métaphysique». Helen s’apparente parfois à White dont le récit alimente ou court-circuite le sien. Mais elle comprendra aussi que la proximité (le transfert ?) recherchée avec un animal sauvage sert, à tort, de catharsis ou de prétexte à l’assouvissement d’instincts pathologiques ou cruels. White transpose dans son faucon «la terreur et la honte de son enfance». Helen s’interroge et s’effraie : «A mesure que Mabel s’apprivoisait, je devenais sauvage».

Dans une interview au Guardian, Helen McDonald raconte un souvenir vieux de dix ans en Ouzbékistan : elle avait pris un Autour perché dans un arbre pour un homme en pardessus, à cause de ses très longues ailes. Elle réalise alors de façon tangible, «viscérale» que c’est nous que nous voyons en l’animal, et que «nous utilisons la nature comme le miroir de nos propres besoins».

L’Autour est cet animal immuable, jamais dressé, tel un symbole d’immortalité, inchangé au cours de l’Histoire. Que cherchons-nous à retrouver, à cacher ou à détruire dans ce miroir ? Quelle est notre place, notre «distance critique», notre rôle vis-à-vis de la nature sauvage ? A chacun d’y réfléchir, à défaut d’y répondre. C’est ce que ce récit envoûtant nous invite à faire.

Helen McDonald est écrivain, poète, illustratrice, historienne au sein de l’université de Cambridge.


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 12/12/2016 )
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