L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Dimanche 18 février 2018
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2017
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Rentrée Littéraire 2017  
 

Un jab et s'en va
David Lopez   Fief
Seuil - Cadre rouge 2017 /  17,50 € - 114.63 ffr. / 256 pages
ISBN : 978-2-02-136215-2
FORMAT : 14,3 cm × 20,7 cm
Imprimer

Ce texte c'est une balayette, une claque sur la nuque, une feinte de gifle joviale. Ce texte, il nous dit ''wesh gros'', ''bien ou quoi'', et le lecteur répond, qui qu'il soit, que ''ouais grave''. On flirte avec le putain de chef d'oeuvre, en fait, genre c'en est peut être pas un mais c'est un truc, tu l'as pas lu avant.

«On est bien sur la terrasse, couverts par le mur du garage du voisin. Le parasol et le cerisier nous font de l'ombre. Quand j'apporte le café Untel a posé sur la table une plaquette qui, vue d'ici, m'a l'air bien jaune. Celui-là il est patate, il dit. Je ne l'ai jamais vu faire autre chose que de vanter son produit. Il n'y a que les termes qui varient. Naturel, pour un commerçant. (…) Mon père tend le bras pour prendre sa boîte qui est au bout de la table et il en sort sa lame de cutter. Après avoir chauffé le morceau, il coupe une fine lamelle et l’effrite entre son pouce et son majeur. En tout cas il est bien gras, il dit, il fait pas du sable tu sais, comme ça le fait des fois. Moi je répète qu'il est bien jaune. Il sent l'épice. Bon, t'est en train de dire quoi là Jonas que mon teuchi c'est de la merde ? Et je dis non, je dis juste qu'il est bien jaune. Ce jardin serait vraiment paisible s'il n'y avait pas de putain de bagnoles. Il est profond de vingt-cinq mètres environ. Il y a un mur au fond, et derrière une route nationale. C'est une longue ligne droite jusqu'à la gare».

Des personnages qui n'en sont presque pas dans des quasi non lieux et à qui il n'arrive pas grand chose. La configuration de base n'est pas complètement nouvelle. Mais il souffle là dessus une brise de roman picaresque. Déjà, vu que parmi les personnages il y en a un, c'est Jonas, héros parce que narrateur, à qui on s'attache pas mal. Aussi étant donné que l'espace périphérique dont le mec, il est prisonnier (entre la banlieue et la campagne), c'est un tout petit univers, mais un univers quand même avec, comme sur un plateau de jeu d'ados ou un schéma d'urbanisme, des centres-fanions (la salle de boxe, la maison, le collège public, le collège privé, les Tours, le stade, la marre aux grenouilles) que le lecteur, normal, il est voyeur, le lecteur normal, est avide de visiter, chapitre après chapitre, pour voir ce que Jonas il y trouve (une communion avec son père le temps d'une mi-temps, des souvenirs de saisons d'enfance, de l'alcool blanc), il y fait (un feu, des brasses, un cunnilingus), il y échoue (beaucoup, ben ouais).

Parce qu'il y a l'entropie de la bande : Ixe, Poto, Habib, Untel, Miskine, Sucré, pas vraiment des individus (le lecteur se perd les pinceaux, mélange les quelques détails biographiques les concernant), et surtout Lahuiss, le seul dont on apprend le vrai prénom (Paul), et dont le surnom indique qu'il est la porte vers l'autre monde, vers les études, vers la vraie ville, vers les friqué(e)s. Tous, même Lahuiss, ils tapent le carton, fument des joints, tapent le carton, fument des joints, boivent et palabrent comme une tribu dans un festin sans fin, fument des joints, tapent le carton. A la manière d'un anti-western où les indiens, coups de feu et bagarres appartiennent au hors-champ, ici les grosses embrouilles, le crime, la prison sont à la limite extérieure de l'histoire. Une des limites extérieures d'une histoire truffée de limites.

«Je demande à Sucré, Sucré, comment ça se fait que par exemple si je creuse pour aller en Chine ou en Australie ou je ne sais où, bref juste en dessous quoi, il me coupe et dit ouais, ou au Pakistan, et je dis oui bref tu vois ce que j'veux dire, et il fait ouais, ou bien aux Philippines, et je dis non mais on s'en fout en fait, admettons que je creuse tout droit tu vois, peu importe où ça me mène, et il fait ouais, mais si ça s'trouve tu vas arriver en pleine mer, et il rigole, et je dis mais putain t'es relou j'ai une vraie question à poser gros, et je fais semblant de lui envoyer une combinaison gauche droite crochet au corps. Il dit bah vas-y, et je dis donc si je creuse pour aller en Chine, t'es bien d'accord que je vais creuser vers le bas, t'es d'accord, il dit ouais, alors que quand je vais arriver en Chine, je vais sortir de sous terre, donc je vais creuser vers le haut. Il y a un silence».

Et il y a l'écriture du jeune David Lopez. Rien à voir avec les effets de réel, l'oralité facile des polars convenus. Le style force souvent l'admiration (premier roman). Constellé de ces gestes codifiés (accolade épaule, accolade omoplate), de ces palabres qui apaisent, soudent, et ne disent rien, ce texte est aussi un long monologue au style direct du droit. Non en fait, au style jab de boxe, avec juste ce qu'il faut de virgules (virgule, c'est le titre d'un chapitre) pour que ce soit syncopé, digeste, jouissif, pour maintenir la pression dans l'attente d'un crochet qui viendra ou pas, le tout c'est de tenir la durée. Et on est tenu dans la durée. Le lecteur, qui qu'il soit, est happé par une langue qu'on a envie de comparer à l'invention d'un fêtard de la page 174, le vodka-coca-paf, mais là ce sont douze shots de wesh, des glaçons sociologisants, un peu de sucre de Saint-Germain des Prés, et un ingrédient mystère qui précipite tout ça façon bombe poétique (plus près de Céline que d'Audiard). Les ruptures de registre, intégrées au phrasé, sont permanentes et bien calibrées : on a un pied dans le wesh stylisé, un autre dans le logiciel CSP+ d'un étudiant du Master de création littéraire de Paris 8.

Résultat, la possibilité de tours de force : contre toute attente, les description d'un entrainement de boxe, d'une partie de Pablo – jeu inventé par les personnages -, d'une virée en vélo tiennent en halène, bluffent. Puis nouvelle surprise, comme un mouvement non anticipé sur le ring, une scène hilarante, d'anthologie, nous attrape : une dictée, du jardinage. Enfin, mais ça c'est attendu, il y a des correspondances (pas vraiment) cachées, des échos, de la polysémie, bref du sens partout, souvent aux dépens des personnages, mais pas de Jonas, que l'auteur a voulu lucide, philosophe, fataliste.


David Jo Benrubi
( Mis en ligne le 26/01/2018 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd