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''le règne débridé des fantômes'' (p.181)
Alexis Jenni   La Nuit de Walenhammes
Gallimard - Blanche 2015 /  21 € - 137.55 ffr. / 416 pages
ISBN : 978-2-07-014943-8
FORMAT : 14,5 cm × 21,5 cm
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Tout est fantômes dans cette fable gothique des contrées nordiques et hexagonales, à quelques kilomètres de la frontière belge. Fantômes, ces Brabançons terroristes, brigands qui font penser au conte de Ungerer, gaillards mystérieux et monstrueux, capables du pire sous des dehors carnavalesques : incendier une piscine et ses nageurs éberlués, déclencher l'hilarité dans un supermarché discount, désinhiber façon hardcore une foule familiale venue à la foire dépenser quelques euros, diluer dans l'acier fondu des ouvriers entraînés par un patron voyou. Fantômes, les victimes de ces farces sanglantes, êtres humains aux sourires forcés, rictus horrifiques provoqués par la stupéfaction, les peaux brûlées, les gaz et les peintures aux effets chimiques pervers.

Fantômes, les mots sans papier ni encre de cette éphéméride numérique, blog d'un anti-libéral signalant les apories, les impasses, les pièges inévitables de la dictature capitaliste. Ces brèves de Lârbi – tel est son nom -, fonctionnaire municipal à qui on ne la fait pas, entrecoupent les chapitres du roman, des chapitres aux titres eux-mêmes farcesques et alambiqués. Fantômes aussi, les mauvaises fées du libéralisme, faiseuses de vides, de chiffres qui nous dépassent, les millions donnés aux riches, les chiffres d'un chômage endémique, la dématérialisation d'une économie autrefois fondée sur l'acier et l'effort. «Le libéralisme est l'idéologie du loup, qui laisse croire que la prédation est naturelle alors que le partage ne l'est pas, et ce disant, profitant de la stupeur qu'occasionnent les beaux sophismes, il gobe le mouton fasciné» (p.266).

Fantômes enfin, ceux de l'histoire, qui, sous les coups de boutoirs de tous ces monstres, ruinent la ville, ses usines, son peuple. «C'est incroyable comme cette ville est rouillée (…). Il faudrait trente mots pour dire les différentes sortes de rouille» (p.125).

Walenhammes, cité industrielle autrefois rayonnante, est devenue ce laboratoire de ''La France qui s'effiloche'' (p.56). Alexis Jenni, écrivain entomologiste, vient épingler sur ce territoire soumis au démons (une petite fille, symbole de l'innocence au cœur de ce chaos, lit d'ailleurs le roman de Dostoïevski), ces insectes morts, êtres fragiles passés à la machine ultra-libérale. Celle-ci est incarnée par le maire de la ville, Fenycz (un autre monstre, qui jamais ne meurt, prédateur renaissant par le feu), qui a compris qu'il faut danser sur les airs des nouvelles musiques économiques (flexibilité, productivité, e-business) ; par le jeune Devain (autre jeu de mots ; il est celui qui a su voir venir cet ordre nouveau et participe à son avènement), descendant d'un capitaine d'industrie local, traitre ayant fait le choix du profit à tout prix. Survivent dans ce marasme social les mythes ouvriers tenus par quelques vieux de la vieille, le cœur pur d'une enfant qui s'appelle Nénuphar (Nilüfer), l'amour entre un blogueur, Charles (double littéraire de l'auteur) et une nageuse...

Pour ces oasis humaines et le parti pris du conte, La Nuit de Walenhammes n'est pas tout à fait roman noir, pas la simple chronique sociale d'une contrée déchue ; plutôt un conte de fées, comme ceux des frères Grimm, obscur mais poétique aussi, porteur d'une leçon. Doit-on croire d'ailleurs en la conclusion fataliste exposée à la dernière ligne du roman ?... Après un Art français de la guerre couronné du Prix Goncourt, Alexis Jenni propose un nouveau roman puissant, déroutant, prenant, écrit de main de maître malgré quelques maladresses parfois (de minuscules dérapages, des répétitions parfois malheureuses).


Thomas Roman
( Mis en ligne le 12/06/2015 )
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