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Les Necker, passion et infortunes de la gloire
Jean-Denis Bredin   Une singulière famille - Jacques Necker, Suzanne Necker et Germaine de Staël
Fayard 1999 /  22.75 € - 149.01 ffr. / 454 pages
ISBN : 2213602808
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\"Tous trois à genoux, en constante adoration les uns des autres\", tels apparaissent, brocardés par Napoléon, M. Necker, son épouse et leur fille, la future Mme de Staël. C\'est aussi le tableau qu\'en ont retenu la critique et l\'histoire littéraires, toujours promptes à blâmer la suffisance des Necker, sans pour autant nier leur talent. Cette mauvaise réputation a piqué la curiosité de M. Jean-Denis Bredin, qui entreprend de retracer les destins croisés des membres de cette \"singulière famille\", du commencement de leur fortune aux années les plus sombres de la Révolution.

L\'extraordinaire destinée du trio - M. Bredin va jusqu\'à écrire cette trinité - explique aisément la bonne opinion qu\'il avait de lui-même. Le père, Jacques Necker, genevois et protestant, né en 1732, monté jeune à Paris, entra dans la banque et y fit une fulgurante carrière. Membre du conseil d\'administration de la Compagnie des Indes dès 1764, il sauva la vénérable institution de la faillite. En 1768, le voilà ministre de la République de Genève auprès du roi de France. En 1770, il achetait le château de Saint-Ouen et, deux ans plus tard, se retirait précocement des affaires, à trente-huit ans, avec une fortune de sept à huit millions de livres.

Il avait épousé en 1764 Suzanne Curchod, née en 1737 dans le pays de Vaud. Cette fille de pasteur, un temps courtisée par Gibbon, était arrivée à Paris quelques mois plus tôt pour y tenir l\'emploi de dame de compagnie. Amoureuse de son mari, d\'un amour qui tourna vite en vénération, elle tint, pour servir sa carrière, un des plus brillants salons de Paris. Ses réceptions du vendredi accueillirent l\'abbé Morellet, Galiani, Diderot, Grimm, Suard, Marmontel, d\'Alembert, Buffon, Thomas. Femme de grande culture, protestante convaincue et adepte de la bienfaisance - elle fonda l\'hôpital qui porte son nom - Mme Necker maintint cette société dans les bornes d\'une stricte bienséance. La conversation y était un peu contrainte. \"Je n\'ai point les grâces du mouvement, avouera-t-elle , mais j\'ai les grâces posées\". Hôtesse d\'un grand salon concurrent, Mme Geoffrin écrira méchamment que sa rivale avait \"la religion de la gloire et la famine de l\'esprit\".

Une nouvelle carrière, politique et littéraire, commençait pour les Necker. Le financier allait se faire écrivain. En 1773, ce fut l\'Éloge de Jean-Baptiste Colbert, couronné par l\'Académie française, en 1775 le Traité sur la législation et le commerce des grains. Enfin, en novembre 1776, après la disgrâce de Turgot, Necker, pourtant étranger et protestant, fut nommé directeur du Trésor royal. Il supprima les intendants des finances et, l\'année suivante, prit le titre de directeur général des finances. Ministre prudent et habile, le Genevois se distingua par son souci de l\'opinion publique: en 1780, il publiait le Compte rendu au roi de sa gestion, dont le succès public fut prodigieux (30 000 exemplaires vendus en deux semaines). Victime d\'intrigues de cour, comme tant de ses prédécesseurs, il fut congédié en 1781. Dans sa retraite, il composa son Traité sur les finances de la France, paru en 1784. Il avait regagné la Suisse en 1783 et acheta le château de Coppet l\'année suivante.

C\'est dans ces dernières années de l\'Ancien Régime que commença de paraître dans le monde la fille de Necker, Germaine, la future Mme de Staël. Née en 1766, elle avait joui d\'une éducation classique fort exigeante, d\'une extrême sévérité même, et s\'était initiée au monde et à la conversation dans le salon de sa mère. Enfant prodige, elle écrivit sa première pièce de théâtre et rencontra Voltaire à l\'âge de douze ans. Mais la jeune Germaine n\'entrait pas dans les chemins tracés par Mme Necker. Tôt sujette à l\'exaltation, elle sortait facilement des bornes imparties aux femmes par les convenances. Très vite aussi, la fille se fit rivale de la mère. Inconsciemment incestueuse, elle élevait, comme sa génitrice, une statue intérieure au grand homme.

Les prétendants s\'empressaient autour de la riche héritière : le jeune Pitt, lord Malden, le prince de Mecklembourg. La famille rebuta ces partis brillants mais trop lointains et porta son choix sur Éric-Magnus, baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à Paris. C\'est en fait Paris que Germaine épousa en 1786, plutôt que ce bel homme un peu fat. Après avoir été un des plus brillants partis de l\'Europe protestante, la jeune baronne publiait, dès 1788, des Lettres sur Jean-Jacques Rousseau. La brouille ne tarda pas à s\'installer dans ce couple mal assorti. Le baron eut tôt fait de prendre ombrage des admirateurs de sa femme, Guibert, Jaucourt, Montmorency, Talleyrand et Narbonne, son premier amour.

En 1788, Necker fut rappelé aux affaires. Le voilà à nouveau directeur général des finances, mais aussi ministre d\'État, bientôt premier ministre de fait. Pour résoudre la crise financière, il décida le roi à convoquer les États généraux et obtint le doublement du Tiers. Mais le ministre ne tarda pas à être emporté par les tourbillons qu\'il avait laissés échapper de la boîte de Pandore : son discours inaugural aux États généraux ne remporta qu\'un médiocre succès. Peu après, pendant les folles journées de juin et juillet 1789, il fut davantage le jouet des événements que leur instigateur et n\'eut guère de prise sur son nouveau renvoi, son rappel et le triomphe qui s\'ensuivit.

Cette apothéose ne dura d\'ailleurs qu\'un instant. Le ministre avait trop de vertu et trop de vanité pour réussir sous un régime parlementaire. Premier des monarchiens, partisan d\'une constitution à l\'anglaise, il se sentit vite dépassé par le cours pris par la Révolution. Son immense popularité s\'étiola rapidement, et c\'est dans l\'indifférence générale qu\'en septembre 1790 il remit sa démission, pour la troisième et dernière fois.

Cependant Mme de Staël commençait de se mêler de politique et poussait son amant. Avec succès : en décembre 1791, Narbonne fut nommé ministre de la Guerre. Pour peu de temps, car il fut congédié dès le mois de mars suivant. Mais voici la guerre, les premiers revers, les journées de juin, août et la chute de la monarchie, septembre et les massacres de Paris. Mme de Staël s\'enfuit à Coppet, où elle s\'ennuya à périr, toujours dévorée d\'amour pour Narbonne, alors exilé en Angleterre. Elle l\'y rejoignit au début de 1793. Obsédée par la vieillesse et par la mort, Mme Necker allait mourir en mai 1794, M. Necker en 1804. Mais c\'est en ce commencement de la Terreur que M. Bredin abandonne le passionnant trio, bien déchu de sa récente gloire.

Auteur d\'essais et de romans, surtout connu pour L\'Affaire, son étude sur l\'affaire Dreyfus, Jean-Denis Bredin n\'est pas étranger à l\'époque révolutionnaire et impériale : à l\'occasion du bicentenaire de 1789, il avait donné une biographie remarquée de Sieyès, La Clé de la Révolution française. Dix ans après, M. Bredin revient à la Révolution et passe aisément de l\'individu au portrait de famille.

On pourra regretter qu\'il n\'ait pas témoigné plus d\'ironie à l\'égard de ses héros. Mais quoi ! Voilà deux siècles qu\'on accable Mme de Staël d\'ironie, qu\'on la noie sous les sarcasmes et la gaudriole. Il y avait mieux à faire que de continuer dans cette veine facile. S\'appuyant sur une documentation impeccable et les travaux des spécialistes (Jean Égret pour Necker, Simone Balayé pour Mme de Staël), Jean-Denis Bredin a préféré s\'effacer devant ses personnages et leur laisser la parole.
Déroutant au premier abord, ce choix s\'avère en définitive très heureux, car les Necker sont tous trois écrivains, de vocation sinon de profession, toujours occupés à s\'analyser eux-mêmes et à se dépeindre les uns les autres, non sans complaisance. Le style du temps ne peut d\'ailleurs s\'apprécier que sur la distance. Le réduire à des mots et à des saillies, comme le font tant d\'auteurs, c\'est en faire la caricature, donner dans le cliché d\'un XVIIIe siècle mondain et spirituel. Admirateurs de Rousseau, les Necker imitent plutôt le Jean-Jacques du Discours sur les sciences et les arts que celui des Confessions ou des Rêveries du promeneur solitaire. Cette éloquence d\'apparat, ce vocabulaire noble, ces rythmes marqués ont leurs beautés, mais, pour les sentir, il faut accepter un effort de dépaysement, car rien n\'est plus éloigné de l\'idée que l\'on se fait aujourd\'hui du naturel.

La postérité a été sévère pour M. Necker. Dès 1777, Condorcet le surnommait \"M. Boursouflé\", \"aussi rayonnant de gloire qu\'il en était bouffi\". En littérature, Sainte-Beuve a condamné l\'expression grandiloquente de Necker, \"presque toujours forcée ou solennisée\". En politique, on lui a tantôt reproché d\'avoir ouvert les vannes au flot révolutionnaire, tantôt d\'avoir cherché à lui faire obstacle. Sans doute y a-t-il du faux grand homme chez le Genevois, mais - M. Bredin le rappelle avec raison - il serait tout à fait excessif de faire un personnage creux de ce financier de génie, de cet économiste talentueux, dont les écrits ont influencé les penseurs politiques du siècle suivant.

Sa fille n\'est guère mieux servie. Femme supérieure et le sachant, riche, ambitieuse, passant sa vie dans le grand monde, Mme de Staël n\'était pas faite pour plaire aux critiques bourgeois du XIXe siècle. Force est de reconnaître en elle un auteur important, capital même pour l\'évolution des idées et du goût, en politique comme en littérature, entre Lumières et romantisme. Mais ses oeuvres déconcertent par la profusion des idées, par les incessantes variations du style, par l\'enthousiasme partout répandu. M. Bredin a le mérite de nous faire redécouvrir les morceaux les plus séduisants de cet auteur trop peu lu, sa correspondance, pleine de vigueur et de naturel, ses récits des journées d\'octobre 1789, de juin 1792, d\'août et septembre 1792, qui comptent parmi les plus extraordinaires qui aient été écrits : les deux derniers inspirent véritablement la terreur.

Sans cacher l\'autosatisfaction et l\'admiration mutuelle qui réunit la famille Necker, M. Bredin montre combien le ciment qui les unit a de plus fortes composantes : une foi protestante pleine d\'orgueil et d\'assurance, le culte de la liberté, le culte de l\'esprit, le culte du sentiment. Mais, plus que tout cela, leur passion dominante fut la passion de la gloire, comme dépassement de soi et comme aspiration à l\'éternité.

Il eût été aisé de sourire des Necker, de leur pose et de leurs grands sentiments. M. Bredin a fait mieux en montrant ce que leur idéal avait de noble et de désintéressé et ce qu\'il y eut de grand, de presque surhumain, dans leur ivresse de gloire. \"Mon père, écrira un jour Mme de Staël, n\'aimait vivement que la gloire; il y a quelque chose d\'aérien dans la gloire, elle forme pour ainsi dire la nuance entre les pensées du ciel et celles de la terre\".


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 09/08/1999 )
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